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Installateurs de systèmes de sécurité électronique : un secteur en mal de valorisation

Lauriane Potin
Le 29 avril 2022

Face à un marché de la sécurité électronique éclaté et peu structuré, la profession est en quête de régulation et de normalisation.

CNAPS : LE RÉGULATEUR DE LA SÉCURITÉ PRIVÉE ET DE LA TÉLÉSURVEILLANCE

Les acteurs opérant dans la sécurité privée, dont la télésurveillance, doivent demander l’autorisation d’exercer auprès du CNAPS, le Conseil national des activités privées de sécurité. Ce dernier leur délivre une carte professionnelle et rend obligatoire la formation des salariés.

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UN DÉFICIT DE RÉGLEMENTATION POUR LES INSTALLATEURS DE SYSTÈMES DE SÉCURITÉ ÉLECTRONIQUE

Rien de tel pour le chaînon intermédiaire que représentent les installateurs. N’importe qui peut « s’improviser installateur ». Des artisans électriciens et antennistes font notamment de la sécurité électronique.

Un cadre réglementaire serait bienvenu pour mettre en valeur la profession

« Cette absence de cadre réglementaire pénalise la profession, déplore Olivier Pradel (Anaveo). Pour accéder à certains marchés sensibles comme le secteur bancaire ou celui de la défense, nous devons présenter un certain nombre d’assurances. Au-delà de notre devoir de conseil, il s’agit de garantir la qualité de l’installation. Nous ne voulons pas bloquer le marché mais apporter des garanties à nos donneurs d’ordre et nous donner les moyens de le faire. » Par ailleurs, la responsabilité civile de l’installateur peut être engagée en cas de sinistre.

Depuis qu’il est président du GPMSE Installation, Luc Jouve a fait de ce besoin de régulation son combat prioritaire. « Le GPMSE milite pour qu’a minima le CNAPS procède à une enquête de moralité, comme c’est le cas dans d’autres pays. La sécurité électronique doit intégrer le livre VI de la sécurité intérieure, comme le préconise le rapport des députés Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue sur le continuum de sécurité. »

Le GMPSE, engagé depuis longtemps sur le sujet

L’engagement profond du GPMSE à ce sujet ne date pas d’hier puisque, comme le rappelle Luc Jouve, voici sept ans qu’il mène ce combat pour la valorisation de la profession, en s’assurant de l’intégrité des dirigeants et salariés qui exercent ce métier. Et de préciser que ces actions en faveur d’une moralisation de la profession sont menées avec les autres organisations professionnelles représentatives de l’ensemble du secteur de la sécurité électronique – l’ADMS et le SVDI – celles-ci présentant également la même requête depuis de nombreuses années. Cette autorisation d’exercer doit être simple à obtenir.

« Nous pourrions imaginer un portail web sur le site du CNAPS. Les postulants renseigneraient leurs nom, adresse, date de naissance etc…, un peu à l’image d’une demande ESTA pour se rendre aux États-Unis. Le CNAPS, après avoir reçu cette demande, peut statuer. Si l’étude est positive, le CNAPS adresse au demandeur un numéro d’autorisation d’exercer », propose Luc Jouve.

Faute de mieux, à ce jour, les prestataires contrôlent la probité des techniciens en leur demandant, au moment de l’embauche, un extrait de leur casier judiciaire (bulletin numéro 3). Ce qui n’est ni suffisant ni satisfaisant. En effet, les salariés détiennent des informations particulièrement sensibles. « Un technicien a les codes du client, il connaît l’emplacement des installations et du câblage, la nature des valeurs à sécuriser », poursuit Luc Jouve. Or, cela peut représenter des risques, à la fois pour le client, mais aussi pour le dirigeant de la société d’installation, qui sera responsable des actes de son salarié, si celui-ci s’avère être malveillant.

UN SECTEUR D’ACTIVITÉ PROCHAINEMENT RÉGULÉ ?

Les demandes du GPMSE sont entendues par les institutions

Cette volonté, affirmée par l’ensemble des fédérations et associations représentatives des professionnels de la sécurité électronique, a été entendue par le CNAPS et la Délégation aux coopérations de sécurité.

Adjointe au délégué aux coopérations de sécurité chargée de la sécurité au ministère de l’Intérieur, Elisabeth Sellos-Cartel confirme avoir pris bonne note de cette demande des membres du GPMSE d’être versés au livre VI du Code de la sécurité intérieure et de faire ainsi l’objet d’un contrôle comme pour les entreprises de sécurité privée. « Le problème qui se pose, c’est qu’il n’existe pas de référencement précis des entreprises réalisant des installations de sécurité électronique ».

La difficile régulation des professionnels de courant faible

Précisant alors qu’au-delà des installateurs, un grand nombre de personnes travaillent sur courant faible : « 40 % des 200 000 électriciens en France, autant d’artisans susceptibles de réaliser une installation électronique ». Or, au sein du Ministère de l’Intérieur, « il s’agit d’éviter un phénomène d’éviction », explique Elisabeth Sellos-Cartel. « Entendons par là, des particuliers qui souhaiteraient faire appel à leur électricien de quartier et pourraient alors s’en voir empêchés. Par ailleurs, il faut être sûr que l’entité en charge de la régulation (le CNAPS) soit en capacité de faire. »

Au niveau du ministère de l’Intérieur, Elisabeth Sellos-Cartel déclare n’avoir jamais reçu de plainte, pour l’instant, concernant la moralité d’un installateur. Enfin, selon l’adjointe du préfet délégué aux coopérations de sécurité, certains donneurs d’ordre ne semblent pas favorables à cette mesure. «C’est le cas de l’Association Française des Banques (AFB) qui dispose de son propre réseau d’installateurs.» En conclusion, des échanges entre les différentes parties prenantes semblent nécessaires pour aboutir à un consensus.

FAUTE DE RÉGULATION, DES CERTIFICATIONS SUR LA BASE DU VOLONTARIAT

En attendant, les professionnels se tournent vers les référentiels qualité de l’APSAD. Son organisme certificateur, le CNPP délivre différents référentiels pour chaque métier, qu’il s’agisse de la détection d’intrusion (R81), de la détection d’incendie (R7), de la télésurveillance (R31, I31) ou de la vidéosurveillance (R82). Cette certification repose toutefois sur la base du volontariat et seuls 5 % des installateurs sont certifiés.

Afin de s’assurer que l’entreprise est conforme à la démarche qualité, le CNPP procède à un audit annuel d’un à deux jours. Est-ce que l’installation correspond bien au devis ? Est-elle posée selon les règles de l’art ? Les référentiels APSAD portent sur l’analyse de risque, l’installation elle-même, la gestion client et le SAV.

Elles imposent notamment des délais d’intervention.

UNE PROFESSION EN MAL DE RECONNAISSANCE

Vers la création d’une formation particulière pour les techniciens installateurs de systèmes de sécurité électronique. 

Cette absence de cadre règlementaire impacte également le recrutement. La profession souffre d’une pénurie de candidats. Ce manque de vocations peut s’expliquer, pour partie, par la faible attractivité du secteur et l’absence de reconnaissance du métier de technicien. Ce dernier n’exige pas de formation particulière.

Le GPMSE, qui est porteur de la certification professionnelle « Opérateur(-trice) spécialisé(e) en traitement d’informations de sécurité à distance » (OSTISD) voudrait faire de même pour le métier de technicien. « Un boucher a besoin d’un CAP pour exercer, mais ce n’est pas le cas d’un technicien œuvrant dans la sécurité électronique, regrette Olivier Pradel (Anaveo). S’il disposait d’un certificat professionnel, il serait reconnu en tant que tel. Pourtant, c’est un vrai métier, soumis à des engagements qualité, au secret professionnel. Ce devoir de formation, ce sont nous, les entreprises, qui devons le supporter. Nous ne pouvons nous permettre d’envoyer du personnel non qualifié, notre responsabilité est engagée. »

Le numérique, critère de choix pour attirer les techniciens

Alors que les prestataires se battent pour s’attacher les services de bons techniciens, le recours aux nouvelles technologies peut être un élément d’attractivité et de fidélisation. Selon une étude du cabinet Aberdeen, les jeunes techniciens issus de la génération des «millennials» sont baignés depuis toujours dans le numérique. Ils s’attendent à utiliser dans leur travail les outils les plus novateurs comme ils le font dans leur vie privée. Un logiciel de gestion des interventions de dernière génération permet notamment aux techniciens de gérer leurs interventions et de rédiger leurs comptes-rendus depuis leur terminal mobile.

DES COMPÉTENCES CONVOITÉES PAR D’AUTRES SECTEURS

Autre élément qui explique la pénurie de profils sur le marché du travail : les compétences recherchées de niveau bac pro ou BTS, dans l’informatique ou électronique, sont également courtisées par d’autres types d’employeurs. « En Île-de-France et en Rhône Alpes, il n’y a tout simplement pas de candidats », remarque Olivier Pradel.

Luc Jouve estime que l’évolution des technologies va modifier les compétences recherchées. « Avec l’intelligence artificielle, nous allons engager des profils qui n’existent pas encore aujourd’hui. Enfin, si la loi nous l’autorise, il y a aussi les drones et demain les robots. Notre métier est complexe. Il ne se limite pas à la pose de capteurs et d’une sirène. »

La généralisation du recours aux drones pour la surveillance des sites conduit à faire appel à des pilotes de drone, détenteurs d’un permis et d’une autorisation de vol. La Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) a durci les conditions d’exercice. Depuis le 1er juillet 2018, les télépilotes doivent suivre une formation théorique. Le pilotage automatisé fait aussi l’objet d’une autorisation de vol délivrée par la DGAC.

 

Les installateurs de systèmes de sécurité électronique répondent donc à des compétences très spécifiques, encore peu reconnues au niveau institutionnel. Au même titre que les entreprises de la sécurité privée, le secteur demande ainsi une reconnaissance officielle de leurs compétences et une régulation des entreprises au moment de leur entrée sur le marché. Ces demandes viennent répondre à une problématique particulièrement forte du secteur, à savoir la pénurie de techniciens, qui préfèrent s’orienter vers des secteurs où leurs compétences sont mieux valorisées.